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Savoirs

L'eau propre est-elle potable?


 

Normes, distribution et monopoles.
Des constats, des contradictions et des questions.

Avant de pouvoir déclarer une eau potable, elle doit être mise à l’épreuve de toute une série de normes incontournables. Nous en avons examiné chaque détail avec zèle et avec un sentiment de responsabilité vis-à-vis de la santé publique. L’absence de bactéries, de microbes, d’hormones et de métaux lourds nous semblait un bon début. Mais il apparut qu’il y avait davantage à prendre en compte. Nous nous sommes penchés sur la législation et avons découvert des listes de directives et d’ordonnances qui, chose étrange, recelaient de fortes différences entre elles.

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Qui avait alors raison ? L’Europe, les États-Unis ? L’ordre mondial globalisé ? Les normes établies dans les directives de l’Union européenne ne correspondent pas avec celles de l’Environmental Protection Agency étasunienne ou de l’OMS. Et que dire alors de chercheurs dissidents tels que le Professeur Orszagh (www.eautarcie.org­)­ qui défend encore d’autres normes, plus proches selon lui de la “bio-compatibilité” que des intérêts économiques. Nous passerons sous silence les normes des gros­ses entreprises qui se chargent de l’assainissenment des eaux dans les pays du Sud. (A la bourse internationale pour les entreprises actives dans l’aide humanitaire, AidEX, nous avons entendu ceci: “It’s all about trust, and people just happen to trust installations labelled with a Swiss cross”).

Que faire ?

En outre, restait encore la question de la distribution d’eau potable. Dès le premier jour du chantier public du Pavillon EauPropre, le 15 juin 2012, nous recevions un courrier de Vivaqua, apportée personnellement par un travailleur de l’entreprise publique assurant la production et la distribution d’eau potable ainsi que l’assainissement des eaux usées. Dans cette lettre, Vivaqua applaudissait l’initiative citoyenne à la base du Pavillon EauPropre mais spécifiait qu’il pouvait amener des problèmes d’ordre sanitaire et que nous n’avions pas le droit de proposer de l’EauPropre comme eau potable, ce, même si nous travaillions alors sous le contrôle de Brulabo, laboratoire intercommunal bruxellois.

Une ordonnance de la Région de Bruxelles-Capitale (20 octobre 2006, art. 17) spécifie en effet que Vivaqua dispose du monopole pour la production et la distribution de l’eau potable à Bruxelles. Une directive européenne (Directive 2002/21/EC – relative à un cadre réglementaire commun pour les réseaux et services de communications électroniques) prévoit la reconnaissance d’un droit au monopole il s’agit de grosses infrastructures importantes pour la santé publique. Nous ne pouvons certes que rejoindre l’esprit de cette législation. Mais est-il juste pour autant qu’on interdise dans l’UE à des personnes qui prennent la responsabilité de traiter leur propre eau potable de le faire ? Dans des régions reculées d’Australie ou du Canada, ne boit-on de l’eau auto-filtrée depuis bien longtemps ? Pourquoi laissons-nous la totale responsabilité de notre eau potable aux autorités et des entreprises (semi)publiques ? Des personnes telles que le Professeur Orszagh, qui se consacrent depuis vingt ans à des recherches scientifiques sur la potabilisation, sont-elles des hors-la-loi ?

 

EXPÉRIENCES D’EAU POTABLE

Au vu de de ces expertises et questions contradictoires, nous étions encore davantage titillés par l’idée d’en savoir davantage sur le sens ou le non-sens des différentes normes de qualité, les monopoles de production et de distribution et la sous-traitance de la gestion de l’eau par de coûteux experts.

Aux côtés de notre équipe de spécialistes expérimentés, nous avons établi, pour le projet EauPropre | ProperWater, un partenariat officiel avec Brulabo – le laboratoire intercommunal bruxellois de chimie et de bactériologie. Depuis juin 2012, ils suivent la qualité de l’eau du Pavillon. Concrètement, cela se traduit par le prélèvement régulier d’échantillons d’eau qui sont amenés au laboratoire pour des analyses bactériologiques et chimiques. Après deux jours d’incubation, nous pouvons déjà avoir une idée des premiers résultats, partiels mais les plus cruciaux, de l’analyse bactériologique. La présence d’un coliforme (microbe qui provoque des coliques) suffit pour que l’eau ne puisse plus prétendre à la potabilité.

Dès 2013, nous nous sommes également lancés dans cette bataille en développant un test E.coli « fait maison », de sorte à repérer nous-mêmes les coliformes. Grâce à ce test bactériologique en kit (le Readycult® Coliforms 50), nous pouvons mesurer quotidiennement la présence de coliformes et d’E.coli dans notre eau de pluie filtrée.

Nous nous sommes aussi intéressés aux définitions d’eau potable, d’eau de source ou d’eau minérale, afin de savoir comment dénommer au mieux notre « eau propre », pour finalement choisir l’option qui informe et responsabilise au mieux l’usager : « la potabilité de l’eau de pluie filtrée du projet EauPropre | ProperWater est régulièrement contrôlée par Brulabo, mais vous la buvez sous votre propre responsabilité ». Nous avons placé à côté du robinet un panneau où nous affichons les rapports des analyses et les résultats de nos propres tests.

Après un deuxième temps d’essai du Pavillon EauPropre en mai-juin 2013, neuf de nos propres tests et trois analyses complètes par Brulabo, il était temps de conclure la phase expérimentale de potabilisation. Tout au long d’un week-end, nous avons voulu nous assurer, avec toutes les précautions requises, de la potabilité de l’eau de pluie traitée par le Pavillon, du moins selon les normes EPA (selon lesquels la teneur en nitrites peut être un peu plus élevée que selon la directive européenne) – tous les résultats peuvent être lus sur notre site: eaupropre.org. En tout cas, tous ceux qui portèrent alors le toast furent d’avis que l’eau de pluie filtrée était délicieuse.

Conclusion: l’eau de pluie peut donc bien être rendue potable au moyen de filtres bon marché, non-chimiques et non-électriques. Voilà qui était déjà une bonne nouvelle !

Cependant, nous avons conclu que notre système de pavillon et de filtres n’était pas le plus adéquat pour y arriver. Il fallait prendre en compte certains inconvénients insurmontables :
- l’eau stagne parfois des jours entiers dans la tuyauterie (étant irrégulièrement utilisée, donc irrégulièrement écoulée), ce qui donne libre cours à la prolifération de « biofilms » et de bactéries ou du moins la rend difficilement contrôlable.
- notre pompe à pied n’a pas suf­fisamment de force que pour évacuer l’eau stagnante facilement et prend beaucoup du temps avant que l’eau plus prope ne coule dans les tuyaux.
- le placement du toit en entonnoir sous un arbre complique la situation (la présence de nombreuses feuilles et de branchages dans la cuve augmente le risque de bio-films et de formation de nitrites, les excréments d’oiseaux celui de colifromes, ...). Bien que les coliformes soient bloqués par les filtres (les pores ne les laissent pas passer), il reste la question de leur réapparition dans les cartouches.

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